Note de lecture : Philosophy and Simulation IV

Les Algorithmes Génétiques – Chap 4 et 5.

Qu’est-ce qu’un algorithme génétique ? C’est un algorithme réalisant un certain type de recherche. Il existe en effet plusieurs types de recherches et, par exemple, il est probable que l’utilisation du PageRank de Google soit spontanément celui qui nous vient à l’esprit. Selon une liste de mots-clés plus ou moins paramétrés, on obtient une liste de liens nous renvoyant à des contenus pertinents avec les mots-clés fournis. Pour se donner une première intuition des algorithmes génétiques, il suffirait d’inclure la séquence dans laquelle l’internaute soumet sa liste mots-clés au moteur de recherche et l’affine progressivement en fonction des résultats qu’il explore. Le type de recherche que réalise un algorithme génétique consiste en effet à trouver la solution optimale à un problème posé. Il faut donc d’abord définir un problème puis la solution devient optimale en fonction d’un processus sélectionnant une solution parmi un ensemble de solutions et cela en fonction d’une variable qui mesure l’adaptation de la solution au problème posé. Ainsi, dans le cas d’une recherche sur Google, c’est en fonction d’un problème défini en termes de mots-clés que nous entamons notre recherche, puis selon les premiers résultats délivrés par le moteur de recherche, nous affinons notre liste de mots-clés et leur paramètres en fonction d’une mesure plus ou moins rapide de la pertinence des résultats eu égard à nos besoins initiaux. Lire la suite

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Ethique du carburateur

Dans le tome 2 de son Histoire de la Sexualité, L’Usage des Plaisirs, Michel Foucault fournit quatre critères empiriques pour analyser une conduite éthique. Mais auparavant, il fallait bien isoler la conduite éthique, notamment en distinguant dans la morale ce qui relève tantôt d’un code prescriptif plus ou moins formel, tantôt du rapport observable entre les comportements et le dit code (en quoi la conduite est morale ou immorale), tantôt enfin comment le code et les comportements sont utilisés, réfléchis, problématisés par l’individu pour se constituer en tant que sujet moral. C’est donc ce troisième aspect qui fait l’objet d’une conduite éthique parce que Foucault estime qu’il y a une différence réelle entre lui et les deux précédents. Lire la suite

Philosophy and Simulation : Interlude

Manuel DeLAnda

Cette série d’articles sur le livre de Manuel DeLanda doit être comprise comme une tentative de vulgarisation scientifique à travers le prisme philosophique. Il ne s’agit pas de décrire des réalités scientifiques en tant que telles mais d’en extraire progressivement un ou plusieurs concepts scientifiques et de voir comment ils peuvent intéresser la formation d’un ou plusieurs concepts philosophiques. Par exemple, le concept d’émergence est un concept scientifique déduit à partir d’observations elles-même scientifiques et, à l’intérieur de chaque chapitre, Manuel DeLanda décrira comment ce concept se conserve et se spécifie selon la nature des phénomènes observés. Ce n’est qu’après avoir fait le tour de ces descriptions que l’on se demandera quel peut-être la caractérisation et la pertinence d’un concept philosophique d’émergence. C’est aussi le cas en ce qui concerne la simulation. Après en avoir étudier à chaque fois les procédés, on se proposera d’en tirer des hypothèses sur les continuités et les ruptures qui sont introduites par rapport au type de représentation ainsi forgée. Lire la suite

Note de lecture : Philosophy and Simulation (II)

Chapitre 2 : automates cellulaires et modèles de flux.

Dans le premier chapitre, Manuel DeLanda nous avait décrit une série de phénomènes faisant entrer en jeu des mécanismes d’émergence. Il fallait retenir de ce chapitre qu’à l’intérieur d’un tel phénomène, le mécanisme pouvaient concerner :

  • des propriétés actuelles du système étudié,
  • des capacités potentielles du système étudié,
  • et des tendances virtuelles du système étudié.

D’une part, on caractérisait alors le phénomène d’émergence par une relation particulière entre les parties et le tout du système, impliquant un changement d’échelle, tel que 1) le comportement du tout était relativement indifférent au comportement individuel des parties et 2) le comportement étudié à l’échelle du tout est impossible à déduire à partir de l’échelle des parties. D’autre part, nous devions y introduire une causalité indépendante de tout mécanisme qu’on expliquait alors à travers la mise au jour d’un espace de possibilités, structuré autour de singularités, toutes à la fois indépendantes et cependant inexistantes sans les gradients observés.

C’est l’ensemble de ces caractéristiques qu’il s’agit de retrouver non plus déduits à partir des phénomènes empiriques observables mais dans le cadre d’une représentation théorique autonome. Autrement dit, abstraction faite de tout phénomène réel, peut-on produire une représentation abstraite, formelle et théorique, qui produise par elle-même, à l’intérieur de son cadre représentatif, des phénomènes d’émergences. Lire la suite

Note de lecture : Philosophy And Simulation (I)


Le titre complet est Philosophy and Simulation : the Emergence of a Synthetic Reason et comme vous l’aurez compris, le livre n’est pas traduit en français. L’auteur en est Manuel DeLanda dont on avait déjà traduit un article sur ce blog même. Ces notes de lecture seront assez scolaires puisqu’il faut donc surmonter la barrière de la langue (mais DeLanda, à l’instar du latin de Spinoza, a lui-même un anglais assez scolaire) mais également parce qu’on aborde à des rivages inconnus. Le sujet de ce livre consiste à exposer les concepts clés de la modélisation informatique dans divers champs scientifiques. En raison donc des domaines abordés (programmation informatique, mathématique, physique, biochimie, etc…), et malgré la méthode d’exposition très didactique employée par l’auteur, le compte-rendu que j’entreprends sera donc très littéral et consistera à résumer les chapitres un à un. Il n’empêche qu’on espère retirer de ce travail de quoi se poser à nouveau frais la question de la rationalité scientifique à l’ère de la simulation informatique. Lire la suite

La sensation, répondit-il…

Triptyque 1983 Gauche

Pour mémoire. On se rappelle ce qui arrive au cinéma lorsque le lien sensorimoteur est brisé, au moins tel que cela est décrit par Gilles Deleuze dans ses livres consacrés au septième art. Autour de la seconde guerre mondiale, puis, selon les pays, sur une période qui a duré à peu près vingt ans, on voit des personnages errer sans destination dans un monde en ruines, ou bien traverser les lignes de démarcation entre le rêve et la réalité au fur et à mesure qu’elles s’estompent, spectateurs-voyants confrontés à l’indicible, à l’inévocable ou l’incommensurable dans un univers peuplés de clichés et de faussaires. Esthétiquement, cela s’était caractérisé par la progressive figuration du temps, en ses divers aspects, de manière autonome, comme un être en soi, affranchi des conditions psycho-physiologiques de l’action dans lequel il était jusqu’à présent contenu et, par là, figuré de manière indirecte. Une image-temps succédait à l’image-mouvement. Éthiquement la croyance au monde devient problématique dans cet art, industriel dès ses origines, qui avait cru porter des ambitions révolutionnaires pour les masses laborieuses. Crise de foi singulière en ceci qu’elle ne déplore pas la perte d’un au-delà mais fait l’expérience d’une impossibilité à vivre ici-bas. Et pourtant, les forces de l’avenir sont là et commencent à poindre, même si c’est à travers le deuil ou la souffrance. Le cinéma moderne aura cette tâche de limier consistant à relever les possibilités d’avenir dans un monde abîmé, à lui donner une chance quand bien même cela paraît impossible parce que, justement, il n’y a pas d’autre monde. Lire la suite