Dédicace aux « Jolie Môme »

 « Si vous matérialisez ce qui est en vous, ce qui en vous vous sauvera.
Si vous ne matérialisez pas ce qui en vous, ce qui est en vous vous détruira. »
Jésus-Christ, je crois.

Compagnie Jolie Môme. © Only Photos 2010

Le dernier festival « La Belle Rouge » vient de se terminer et, comme à chaque fois, c’est quand tout est fini, quand les festivaliers sont partis et les chapiteaux démontés, que je saisis ce dont j’aurais aimé parlé avec les camarades. Le déclic en est une courte discussion au restaurant autour du mécénat et de la question qu’il pose par rapport au retrait des subventions publiques. Bien que fondamentalement d’accord avec mes interlocuteurs sur le rapport que l’on peut faire entre mécénat et RGPP, je n’ai pu m’empêcher d’introduire un peu de contradiction pour inviter mes partenaires à faire de la casuistique en ce domaine. J’ai finalement assez vite abandonné parce que je ne savais pas où j’allais et que le lapin à la moutarde était servi. C’est en rentrant à la maison que j’ai saisi de quoi il retournait. En fait, à chaque festival, il y a une demande intellectuelle que je n’ose formuler parce qu’on s’éloignerait du débat militant, même si c’est pour mieux y revenir. La demande est la suivante : ne pourrions-nous pas, nous, gens de gauche, expliquer nos clivages doctrinaires ou programmatiques, non par les rapports que l’on entretiendrait vis-à-vis d’une vérité ultime mais par les métaphysiques sous-jacentes à ces clivages et qui conditionnent nos conceptions de la vérité ? Bref, il s’agirait de reconnaître  que nous disposons de diverses armes intellectuelles et en conséquence de diverses tactiques contre un ennemi commun, le capitalisme, qui lui-même ne manque pas de se rendre protéiforme.

On connaît d’anciens clivages qui parcourent toute l’histoire du marxisme révolutionnaire : la prise de conscience de l’aliénation se fait-elle par la lutte ou par l’éducation ? La révolution doit-elle viser le pouvoir d’État ou bien doit-elle s’en éloigner à jamais ? Il y en a d’autres… Le problème avec la réalité, c’est qu’elle mélange toujours les deux termes : toute prise de conscience résulte en soi d’un processus d’éducation, qu’il soit à chaud ou à froid, en sorte qu’un savoir théorique prépare ou prolonge une expérience de lutte. De la même manière, toute mise à l’écart du pouvoir d’État suppose en préalable d’en neutraliser les poussées invasives. On choisit donc les leviers, intérieurs à la machine d’État, qui nous permettrons de nous protéger de ses effets les plus délétères (services publiques, subventions, collectivités locales, … pour éviter le jeu électoral) L’autre problème avec la réalité, c’est qu’on ne peut jamais dire jamais et encore moins jamais dire toujours. Ainsi, ce que je dis d’une réalité qui mélange toujours les deux termes n’est vrai qu’en moyenne, ou pire encore, en statistiques. La réalité comprend aussi les termes ultimes, dits « incorruptibles », même s’ils le sont marginalement.

Le débat d’idées intervient ici et sert donc à clarifier cet embrouillamini de la réalité, à se demander comment ce qui peut fonctionner pour quelques expériences marginales, présentes ou passées, peut valoir pour le plus grand nombre et dans une durée plus longue. C’est à la vérité qu’on demande de nous éclairer. Autrement dit, pour clarifier l’horizon politique, on introduit une notion issue de la métaphysique. Le problème, selon moi, consiste à ce que cette introduction n’est jamais pensée ni même pesée. On suppose qu’elle va de soi. C’est comme si on supposait qu’on pouvait être en désaccord sur les questions politiques mais on ne peut pas, on n’a pas à l’être sur la question métaphysique de la vérité. Du coup, l’échange consiste à rechercher un point de vue commun quand, peut-être, il s’agirait surtout de mesurer les écarts qu’implique plusieurs vérités possibles.

Je soumets donc la proposition suivante : nous ne sommes jamais que les porte-parole de nos métaphysiques. Elles nous investissent et cherchent, à travers nous, à s’incarner. C’est à ce moment que la question politique en est déduite.  En effet, la violence des échanges intellectuels doit être rapportée à l’enjeu de l’incarnation, c’est-à-dire à la possibilité, contenue dans toute pensée, de donner forme à une vie. La dispute intellectuelle n’est pas une lutte pour la vie ou la mort, mais pour la vie ou la mort de formes de vie. La politique est ce terrain où s’élabore ces formes de vie.

La véritable question de cet article, là où il souhaite ouvrir un espace d’échanges, consiste à demander si les formes de vie impliquées dans diverses métaphysiques sont incompatibles ou non, quand bien même ceux en qui elles s’incarnent revendiquent leur appartenance à gauche.

[ Commentaire : je prends le risque des généralisations les plus hardies mais je propose également l’idée que nous sommes investies par plusieurs métaphysiques, chacune s’emparant d’un domaine de notre vie et le pilotant. Par exemple, on peut-être idéaliste en amour et réaliste dans le bricolage (mais l’inverse est possible également). Notre discussion porte ici sur leur investissement dans le domaine politique. ]

Plantons le décor.

On part de l’idée qu’il y a au moins deux grandes traditions métaphysiques : une tradition idéaliste, une tradition réaliste.

Comment reconnaître celle à laquelle on appartient ?

Vous appartenez à la tradition idéaliste si, selon vous, l’esprit humain est capable de comprendre ou de produire l’ordre du monde ou de la société.

Vous appartenez à la tradition réaliste si, selon vous, l’esprit humain, à l’instar du monde auquel il appartient et de la société dans laquelle il se développe, oscille constamment entre ordre et désordre.

Dans le premier cas, l’ordre du monde est déduit à partir de catégories ou d’idées pures, qu’on suppose soustraites aux vicissitudes du temps et que seul l’esprit humain peut se rendre intelligibles.

Dans le second cas, l’ordre du monde résulte d’une combinaison d’éléments en équilibre plus ou moins précaires mais assez réguliers pour néanmoins fournir un début d’intelligibilité à l’esprit.

Dans le premier cas, vous avez une métaphysique de l’être, puisque l’ordre est premier au moins logiquement ; dans le second cas, vous avez une métaphysique du devenir, puisque l’ordre est structurellement instable ou en renouvellement.

Ce qu’il y a de (relativement, j’en conviens) amusant, c’est qu’à chacune de ces traditions, on peut louer une qualité propre qui soit également l’origine du blâme ultime qu’on peut lui porter, qualité et blâme que l’on retrouvera dans le domaine politique de manière particulièrement virulente.

La pensée idéaliste produit une vision idéale du monde.. qui n’est pas encore. Métaphysique de l’être, elle doit sans cesse justifier le non-être. Néanmoins, elle a le mérite de mettre la pensée en tension avec l’idéal et l’oriente dans sa direction.

La pensée réaliste, qui ne se préoccupe pas de l’idéal, recherche ici et maintenant une prise sur le monde qui lui autorise une action sur celui-ci. Métaphysique du devenir, elle paraît sans cesse s’accomoder du monde tel qu’il est et ne le changer qu’à la marge ou qu’égoïstement.

On commence à percevoir comment le débat politique peut se trouver enferré par une telle dichotomie.

Ce qu’on reprochera aux idéalistes, c’est que s’ils n’agissent pas, leur monde ne sera jamais réel, mais, pire encore, s’ils agissent, ils trahiront puisque le réel est rétif à toute idéalisation et celle-ci repoussée aux calendes grecques. Trahison est le terme ultime de l’idéal en politique.

Ce qu’on reprochera aux réalistes, c’est que s’ils se soumettent à un idéal, ils perdent le contact avec la réalité mais que, pire encore, sans idéal ils se laissent prendre dans les rêts de l’équivocité propre à toute réalité et finissent par se laisser corrompre. Corruption est le terme ultime de la réalité en politique.

 Puisque mon propos consiste à se demander comment deux traditions métaphysiques différentes peuvent-elles politiquement s’entendre, contre un ennemi commun appelé capitalisme, on commence par contre à deviner contre quoi elle doivent métaphysiquement s’unir : une autre tradition métaphysique qu’on appellera la tradition du jugement ou la pensée-tribunal.

Vous appartenez à cette tradition si, selon vous, l’esprit humain comme le monde ou la société sont soumis à des lois hiérarchiquement disposées : tantôt divines ou naturelles, puis morales ou historiques.

L’ordre du monde dépend de la stricte observance de ces lois et de ceux qui, sachant les deviner, doivent les inculquer.

Le paradoxe de cette tradition réside en ceci qu’il est nécessaire d’intérioriser la loi en soi pour s’extraire de la formidable contrainte qu’elle exerce.

Le problème de la pensée-tribunal vient du fait qu’elle est une forme dérivée de l’idéalisme. Elle garde de celui-ci l’idée d’un ordre formel qui s’impose au temps et aux hommes mais elle en a perdu le contenu qui est espérance, tension vers l’avenir, aspiration au meilleur. La pensée-tribunal est la pensée idéaliste lorsqu’elle est sur la défensive, prise dans les affres mondaines du combat militant, substituant l’efficace du jugement à l’attente jamais comblée de l’idéal enfin réalisée.

Mais il serait surprenant que la pensée réaliste ne produise pas elle-même une forme dérivée qui la devoye. Car le réaliste, poussé qu’il est vers l’action, en attend forcément un retour qui peut prendre diverses formes. En conséquence de quoi, l’inefficacité ou l’inutilité sont les ennemis intimes du réaliste. Là où il peut soit s’aveugler s’il dénie ses échecs, soit se frustrer s’il les reconnaît. Bref, la tradition réaliste embraye sur la tradition critique qui revient toujours à se demander quelles sont les conditions de l’action efficace. Seulement, avant d’engager la question positivement, il faut faire l’inventaire des échecs et en accepter l’héritage, quitte à s’y perdre.

Concrètement, lorsqu’un réaliste rencontre un idéaliste, il semble que le contenu de réalité que le premier propose doit d’abord passer les fourches caudines d’un jugement de conformité pour alimenter la réflexion idéaliste du second. Inversement, quand un idéaliste rencontre un réaliste, la mise en tension vers l’idéal que le premier veut susciter chez l’autre se heurte à une fin de non-recevoir plus ou moins polie en raison de l’attachement du second à la réalité du moment. Le jugement tombe alors sur le réaliste : inapte à servir la cause. Mais le réaliste aussi évalue son interlocuteur : naïveté.

Reprenons l’exemple de la discussion autour du mécénat :

  1. L’idéaliste : « – Le mécénat tend à se substituer aux subventions publiques et les mécènes privés vont tuer la diversité culturelle. »

  2. Le réaliste : « – Soit. En attendant, s’il y a trois sous de plus à ramasser, je ne suis pas contre. »

  3. L’idéaliste : « – Très bien, mais ils vont te demander des services en échange ».

  4. Le réaliste : « – Ce qu’il demande fait partie d’une négociation et je ne suis pas obligé de tout leur accorder. Le principal avantage pour le mécène reste d’abord les allègements fiscaux que cela lui ouvre. Après c’est à toi de voir si tu veux lui donner plus. »

  5. L’idéaliste : « – C’est la logique du ver dans la pomme. D’abord tu le fais entrer puis après il ne te laisse rien. »

  6. Le réaliste : « – Sûrement as-tu raison. En attendant, tout de suite, les subventions fondent comme glace au soleil et pourquoi un mécène serait-il forcément un sale type ? Personnellement, si j’étais riche, je subventionnerais à tire-larigot pour défendre ce que je crois juste. Même ton festival ! »

  7. L’idéaliste qui juge : « – C’est ce que tu dis mais si tu deviens riche, tu ne penseras qu’à ta pomme ».

  8. Le réaliste qui se défend : « – C’est faux ! Regarde Ben Laden ! Il s’est ruiné pour sa cause ! »

  9. L’idéaliste : « – Mais Ben Laden était un fasciste !!! »

  10. Le réaliste : « – Et les Médicis une famille de banquiers ! Et l’Auvergnat dans la chanson de Brassens, un simple auvergnat qui lui a donné à manger quand « dans sa vie, il faisait faim ».

  11. L’idéaliste : « – Tu mélanges tout. »

  12. Le réaliste : « – Tu m’emmerdes ! »

Tribunal permanent et critique sans fin sont les tares bien connues qui empoisonnent le discours et l’action à gauche. Nietzsche diagnostiquait derrière les débats d’idées les affects qui surdéterminent les discours les plus abstraits. Que ce soit à travers l’idéal déçu ou la procrastination, la pensée-tribunal ou la pensée-critique-totale sont de puissants moyens pour exprimer tout le ressentiment que l’on peut éprouver. La question qui se pose pour construire à gauche malgré nos divergences consisterait alors à identifier puis neutraliser l’affect du ressentiment. Cela se fait en lui opposant une passion au moins égale et si possible plus intense. La bonté est ce qui s’oppose au ressentiment. La bonté s’exprime dans la tradition idéaliste par la foi capable de soulever les montagnes et dans la tradition réaliste par la capacité  à partager et étendre le domaine d’organisation et de production. Or, bonté et ressentiment nous affectent en proportion respective de nos réussites et de nos échecs.

Proposition : nous ne devons jamais partir de nos échecs pour déterminer ce que nous pensons des propos de nos interlocuteurs.

Question : est-il possible de le formaliser dans un échange, en préalable probablement ?

Suivez le curseur

Le plus important à comprendre, c’est qu’il n’y a pas des métaphysiques de droite ou de gauche mais que chaque métaphysique peut servir des idéologies de droite et de gauche.

Par exemple, dans le cas de la tradition idéaliste, le curseur droite/gauche se déplace en raison du rapport à la question du non-être :

  • le non-être, c’est les autres, ceux qui ne méritent pas de vivre ou, seulement en tant qu’ils sont dominés : de l’extrême-droite à la droite dure.

  • Le non-être n’existe pas. Apparemment de bon sens puisque tautologique, elle nie les rapports de classes et donnent un caractère accidentel à ce qui empêchent l’idéal. Vous avez là la pensée du centre (qu’il soit de droite ou « dit » de gauche).

  • Le non-être est le pas-encore qu’il faut aller chercher, à faire advenir, dans un effort continuel lisible dans le matérialisme historique. On a là la postion du marxisme dialectique.

  • Le non-être est tout ce qui s’oppose à la libération des classes populaires. C’est toujours le pas-encore mais c’est maintenant et tout de suite qu’on le fait advenir. Vous aurez reconnu la revendication des diverses extrêmes-gauches.

Ce qu’on peut dire, c’est que ce qui distingue la droite de la gauche dans la tradition idéaliste, c’est que la première est dans un rapport de négation avec le non-être tandis que la seconde est avec lui dans un rapport d’opposition. Mais on constate également que les extrêmes se caractérisent par un rapport au non-être sans durée pour la droite dure et au-delà et immédiat pour l’extrême-gauche.

Dans le cas de la tradition réaliste, c’est autour du rapport à l’obstacle que se déplace le curseur. A l’intérieur de notre système économico-politique, les obstacles consistent dans les biens qui sont produits en société et ceci dans la mesure où ils posent problème à la société en tant qu’elle doit s’organiser pour les produire.. Ils sont alors distingués entre biens inaliénables et biens aliénables.

  • Le bien aliénable n’existe et ne doit être produit que pour être détruit. Le système se définit par une logique de prédation. C’est la dynamique actuelle de turbo-capitalisme, ou capitalisme mafieux, ou ultra libéralisme. Dans cette dynamique, aucun bien inaliénable ne peut se soustraire à la jouissance de la consumation qui s’en trouve même renforcée par la grandeur du bien envisagé.

  • Sitôt découvert, le bien aliénable doit être intégré au système de production. Le système se définit autour de logiques de conquêtes et d’expansions. C’est la dynamique capitaliste elle-même. Les biens inaliénables jouent pour justifier et reglémenter les jeux de conquêtes et de pouvoir.

  • Le bien aliénable doit être produit et sa consommation, c’est-à-dire sa destruction, doit servir des finalités extrinsèques au capital et utiles aux groupes sociaux. Le système se définira par des logiques de redistributions autour de l’appareil de production. C’est la dynamique socialiste. Le bien inaliénable intervient ici pour justifier et réglementer les mécanisnes de redistribution.

  • Le bien aliénable n’entre dans un circuit de consommation que si sa destruction intègre un circuit de recyclage. Le système se définit par des logiques d’organisations autour des ressources disponibles ou à produire. C’est la dynamique écologique. Le bien inaliénable permet de justifier et de réglementer les organisations autour des ressources.

  • Les biens inaliénables sont les finalités de l’appareil de production des biens aliénables. Ils ne justifient ou ne réglementent pas l’appareil de production a posteriori mais a priori. Mais comme derrière ces biens inaliénables, on ne trouvent pas des essences idéales mais des obstacles insurmontables, il faut comprendre que l’appareil de production ne sert qu’à entretenir ou à embellir ou à magnifier l’infini de certains problèmes, à savoir ceux de la condition humaine : l’esprit, la mort, les émotions, les générations, l’environnement. C’est une logique utopique et je ne lui connais pas de nom. Communisme écologique ?

Il ne faudra pas s’étonner mais ce que fait ressortir la grille réaliste, c’est bien la difficulté à sortir du capitalisme (son ancrage dans la réalité) mais c’est également une meilleure lecture des dynamismes au sein de cette réalité. Enfin l’écologie apparaît comme un enjeu qui déborde le clivage droite/gauche. C’est qu’il convient de disputer à la droite les prétentions écologiques qu’elle prétend déjà avoir. Dans la perspective réaliste, c’est dans le primat accordé à l’un des deux termes du couple individu/collectif que situe la ligne de démarcation entre la droite et la gauche mais plus encore dans le rapport qui est noué avec l’obstacle : de l’extrême-droite à la droite, l’obstacle doit être soit détruit soit dominé ; tandis que de la gauche à l’extrême-gauche, l’obstacle doit être apprivoisié ou glorifié. Dans un cas, le rapport est martial ; dans le second, le rapport est d’alliance. Les extrêmes se caractérisant par l’intensité avec lequel ils valorisent leur rapport spécifique à l’obstacle.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s