Après la revue de presse

De juillet 2009 à mai 2010, les médiathèques du Haut-Livradois ont proposé à leurs lecteurs une revue de presse portant sur des sujets internationaux et surtout attentive à expliquer ou mettre en perspective la « Grande Crise » dans laquelle nous sommes officiellement entrés le 15 septembre 2008, à partir de la faillite de la banque d’affaires Lehman Brothers. En mars 2010, dans les locaux de la librairie Tout un Monde à Ambert, nous avons organisé une rencontre autour de cette revue de presse et, à cette occasion, nous nous sommes rendus compte que nous avions employé tous les numéros précédents (8 en tout) à fournir les arguments d’une hypothèse  que nous formulions à ce moment-là. A savoir, et elle est ici ou ailleurs déjà avancée, que la crise que nous traversons inaugure une phase active et accélérée d’une mutation en profondeur de nos sociétés.  Le texte de notre présentation a ensuite fourni la matière d’un numéro 9 spécial.

Ainsi, la revue de presse multipliait les articles portant sur les dysfonctionnements du système occidental — du système qu’est devenu l’Occident , dysfonctionnements non plus à sa marge ou en ses œuvres sociales, mais dans le centre même où s’organisait son oppression (Washington, le Pentagone, Wall Street et La City, l’Europe, etc…). Lentement, nous nous persuadions d’un effondrement généralisé mais, paradoxalement, nous sentions qu’il était impossible d’en rester là si on souhaitait rester honnête. En effet, il est finalement assez facile de constater qu’un système historique se détériore une fois qu’on a identifié les critères qui manifestent sa puissance… dans le passé. Le présent, sous la forme de l’offensive néo-libérale qui domine nos sociétés depuis 30 ans, n’étant que la reprise avec les moyens du XXème siècle finissant d’une utopie capitaliste que son histoire n’a cessé de démentir. Tandis qu’il devenait aisé de décrire un monde à l’agonie, puisque tout autour de lui renvoyait à une splendeur passée, nous nous rendîmes compte qu’il ne fallait surtout pas céder à une vision simplificatrice de l’histoire et tenter de lui imposer un sens ou une finalité déterminée à l’avance. Nous nous sommes également rappelé combien nous avaient fasciné les travaux de Michel Foucault lorsque nous les avions lus durant notre jeunesse et combien, surtout, ils avaient glissé en nous cette approche particulière faite de scepticisme méthodique, d’attention portée aux multiplicités agissantes à l’ombre des grands évènements de l’hagiographie, sur la nécessaire prise en compte simultanée des discours et des pratiques.

Eh bien, qu’en tirons-nous ? Des hypothèses. Seulement des hypothèses. Tout d’abord que ce qui s’effondre actuellement est un système de domination. Ce système peut être géographiquement situé en Occident et donc inclure un déclin de la puissance occidentale, il est surtout caractérisé par des traits qui lui sont propres : le politique et son corrélat qui est le système du Droit, l’économique et son corrélat qui est le système capitaliste. C’est à l’intérieur de ces domaines ouverts que ce sont distribués les rapports toujours mouvants de domination. Or, et c’est justement là où l’œuvre de Michel Foucault se rappelle à notre souvenir, la fin d’un système de domination ne signifie ni la disparition de ces caractéristiques, ni surtout le fin de tout système de domination. Cela signifie que les traits caractéristiques vont d’une manière ou d’une autre perdre leur statut hégémonique. De nouvelles relations vont s’établir entre divers régimes de valeurs tels que l’écologie, la famille, la bande, la technologie, le management, etc… De ces relations, s’établiront de nouveaux rapports et, très probablement, de nouvelles dominations. Avons-nous des idées là-dessus ? Ce serait bien présomptueux. Néanmoins, il y a une seconde hypothèse sur laquelle nous aimerions travailler. Nous nous demandons d’une part si les fameuses technologies de l’information et de la communication serait le trait appelé à devenir hégémonique en lieu et place de la politique pour autant qu’elle est une sphère séparée de la société en ses représentants. Nous nous demandons d’autre part si ce n’est pas une écologie encore à élaborer qui va fournir les modèles appelés à remplacer des modèles économiques classiques devenus abérrants.

Comprenons-nous bien ! Il ne s’agit nullement de penser que la politique disparaîtra de nos sociétés ou que les frontières disparaîtront. Mais puisque les politiques que nous élisons appartiennent à une classe qui a progressivement supplanté les noblesses aristocratiques sans faire disparaître les Nations, nous postulons que ceux qui auront en charge la chose publique devrons composer étroitement avec une classe de techniciens qui auront entre leurs mains les moyens de mise en oeuvre de leurs décisions. On peut espérer une issue démocratique à cette rencontre, elle est néanmoins et avant tout le lieu privilégié où peuvent s’établir de nouvelles relations et rapports qui finiront par configurer la société.

De la même manière, là où l’écologie et l’économie se rencontrent est sur le terrain essentiel de l’identification, l’usage et la répartition des ressources utiles à une soiété. C’est le processus de valorisation qui diffère. Pour l’écologie, il se cherche encore à travers de notables avancées sur lesquelles nous reviendrons. Pour l’économie, il est parvenu au bout de son système à travers la catastrophe de la destruction de la biosphère et celle de la financiarisation qui n’est qu’une fuite en dehors des réalités. Autrement dit, ce n’est pas dans la défense d’une Nature qui de toute façon ne sera pas épargnée qu’il faut chercher l’innovation écologique mais dans la tentative consistant à intégrer l’environnement dans le processus de valorisation. Là aussi, on peut craindre beaucoup ou espérer tout autant d’une telle tentative, il n’en reste pas moins que c’est elle qu’il faut observer.

Ces hypothèses étant posées, nous assistons comme tout à chacun à la faillite organisée de nos systèmes de référence. Cela nous remplit d’inquiétude, puis l’indignation nous saisit juste avant l’abattement et la rage, cette colère toujours impuissante. Et malgré celà, il faut continuer. Alors soit ! Ils sont nombreux ces métiers où les personnes se considèrent comme des passeurs. C’est le cas des médiathécaires / bibliothécaires. À notre modeste échelle, tentons de jouer ce rôle non plus seulement autour du livre et de l’écrit mais au nom de toutes les intelligences à venir.

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