Le meilleur des mondes possibles : prologue

Nous nous permettons de reproduire ici la seconde partie de l’intervention du 12 mars 2010 à la librairie Tout un monde d’Ambert et dont nous avons fait déjà de nombreuses fois référence en vous renvoyant vers le numéro 9 de notre ancienne revue de presse.
La décision s’explique par le désir d’ouvrir une série d’articles réunies sous le titre ci-dessus : Le meilleur des mondes possibles. En effet, il nous paraît plus que nécessaire de porter son attention par delà les heures pathétiques qui traversent nos sociétés afin d’identifier au nom de quelles nécessités nous en sommes là. Cette série d’articles tentera donc de dégager, sous le déluge de forces à l’agonie, celles qui cherchent à prendre la relève. Nous croyons en effet que si la tâche sera fatalement incomplète, un certain nombre d’éléments conceptuels et factuels permettent de l’entamer.  En attendant, et en guise de prologue, cet article synthétise un certain nombre d’éléments de diagnostic qui, partant de la situation actuelle, innerveront les articles à suivre.

 

Reportage

L'administration Bush a créé l'Initiative d'un Réseau pour une Frontière Sûre en 2005 pour fournir des images en temps réel de l'activité le long des frontières. Le système à fait l'objet d'un contrat avec Boeing en 2006. Plus de 600 millions de dollars plus tard, seulement un prototype de 40 kilomètres a été livré. (Brian L. Frank pour le Wall Street Journal)

 

LES DEVENIRS DE L’ÉTAT MODERNE

La Guerre de Quatrième Génération (G4G) est une tentative théorique de certains spécialistes en stratégie militaire pour caractériser la manière avec laquelle l’État moderne fait la guerre aujourd’hui.
Dans cette partie, nous nous proposons de caractériser les guerres de première, deuxième, troisième et quatrième génération afin de soutenir l’hypothèse suivante : chaque fois que l’État moderne change sa manière de faire la guerre, cela révèle ses propres métamorphoses. L’idée sous-jacente étant de dresser le tableau de la situation dans lequel l’État moderne (dans un sens général) se trouve aujourd’hui.

Mais commençons par définir l’État moderne comme étant la figure historique qui va arrimer la question de la souveraineté autour de deux pôles : un  pôle politique ayant pour logique propre celle de formuler le tout de la société dans les termes du droit ; un pôle économique ayant pour logique propre celle de formuler le tout de la société dans les termes du rapport marchand.
C’est-à-dire que l’État  moderne est cette chose qu’on va voir progressivement apparaître à partir de la Renaissance et qui va se consolider, par exemple en France, dans la monarchie absolue d’un Louis XIV. À cette époque, le monarque apporte le sceau de la souveraineté et c’est à lui de le faire puisqu’il est le dépositaire de ce principe à la fois social et sacré qui vient du fonds du Moyen-Âge. Mais autour de la Renaissance, le Souverain va rencontrer au moins deux phénomènes nouveaux. D’une part les théories du Droit Naturel qui vont fournir le cadre théorique du domaine politique et qui plus tard inspireront le Siècle des Lumières et l’universalité des Droits de l’Homme. C’est-à-dire que c’est à partir de cette époque qu’on va commencer à parler d’un état de nature de l’homme, que cet état de nature soit la guerre de tous contre tous ou autre chose, qu’il peut être naturel à l’individu de rechercher son intérêt sans considération par rapport à la morale publique mais que, ô miracle, les vices privés peuvent faire la vertu publique. D’autre part, le développement économique de l’Europe va conduire certains à élaborer les premières théories économiques comme celle des physiocrates, des mercantilistes, etc… et ce jusqu’à la naissance de l’économie politique qui prétendra décrire la richesse des nations à partir de règles économiques indépendantes. Dans ces tentatives, on recherchera toujours à définir la position du souverain en délimitant ses domaines d’interventions sous la forme juridique, en établissant les règle naturelles de l’économie qu’il s’agit de ne pas perturber. À ces deux pôles on pourrait sûrement ajouter un pôle scientifique mais je laisse cela de côté.

On a pu parler de l’État comme d’un monstre froid. On faisait sans doute référence au privilège qu’il a toujours accordé à la rationnalité. Ici, il sera nécessaire d’imaginer un monstre chaud, secoué par les forces titanesques qu’il prétend soulever, convulsé par celles qu’il réveille, terrassé par sa propre puissance.

  1. La Guerre de Première Génération (G1G) : c’est la guerre en dentelles des monarchies de l’Ancien Régime, mais c’est surtout la constitution juridique des États de Droit, donc la fin des féodalités, et l’instauration du monopole de la violence : le fameux droit régalien de lever une armée.
    C’est à cette époque qu’on observe la phase de constitution d’un capitalisme marchand et financier, de la montée en puissance de la classe bourgeoise. Elle profite des premières colonisations qui restent déterminées par l’expansion territorial de l’État.
  2. La Guerre de Seconde Génération (G2G) : c’est l’État moderne, l’État de Droit, qui devient État-Nation par exemple à l’occasion d’une Révolution Française qui doit défendre son territoire contre la coalition des monarchies décidées à l’abattre. Naissance du peuple en armes symbolisée dans la Marseillaise. La G2G c’est aussi, et à partir de là, les conséquences des guerres napoléoniennes qu’un Clausewitz va tirer pour une longue postérité. Vous vous rappelez : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens ». Bref, la G2G est ce qu’on appelle plus communément la guerre conventionnelle entre deux États-Nations modernes. À titre de rappel, la guerre Iran-Irak est la dernière guerre de ce type jusqu’à présent et il est intéressant de noter que l’Occident  et les Pétro-Monarchies y soutenaient l’Irak de Saddam Hussein pour détruire un Iran qui venait d’accomplir une révolution d’un nouveau type.
    D’autre part, sous la pression d’un Droit de la Guerre constitué et, du fait que l’État devienne Nation, on observera la tendance à s’en prendre au peuple en raison de sa nationalité. C’est pourquoi, même s’il peut nous sembler évident que toute guerre soit sale, sans cesse reviennent les polémiques que font naître les manquements à la Convention de Genève. En effet, l’enjeu est la capacité politique des États à contrôler leurs militaires.
    On mentionnera que le fait de s’en prendre au peuple en raison de sa nationalité a conduit à créer le problème des réfugiés. Hannah Arendt a pu dire à ce propos combien ce problème avait fait voler en éclat l’État-Nation, particulièrement dans le cas des réfugiés apatrides. En effet, dans le cadre du Droit International de l’entre-deux guerres, les États n’étaient plus tenus à protéger les Droits de l’Homme dès le moment où celui-ci n’était plus citoyen. C’est ainsi qu’elle rend compte des différentes étapes qui conduisirent les États à déchoir de la nationalité des catégories entières de leur population. Matériellement, ce fut  à ce moment que s’inventèrent les camps de concentration. Après guerre, l’ONU adoptera la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme mais c’est dans cette brèche juridique que se sera entre-temps joué le destin des Juifs ou des Tziganes.
    Il se trouve que c’est à ce moment, d’un point de vue économique, la naissance du capitalisme industriel et donc que c’est à peu près en même temps que naît le citoyen-soldat et le prolétaire, c’est en même temps que l’on va demander au citoyen de donner sa vie pour la patrie (via la conscription) et qu’on va mettre le prolétaire en situation de n’avoir que sa force de travail brut à vendre au capitaliste. On peut remarquer, concernant la rencontre de l’industrie et de la guerre, qu’entre la poudre des fusils et des canons de la guerre en dentelles qui ouvrait le chemin vers le combat corps à corps, la mécanisation progressive des armes va finir par clouer les soldats dans les tranchées quand ce capitalisme industriel sera parvenu au faîte de sa puissance au moment de la Guerre 14-18.
  3. La Guerre de Troisième Génération (G3G) : c’est la guerre de guérilla directement issue des guerres napoléoniennes en Espagne. Ici l’État moderne se bat contre un guérillero, ou bien un résistant, un partisan, un insurgé ou un terroriste. Le champ de bataille devient la société civile pendant un temps de paix qui est en fait une guerre de basse intensité et l’ennemi est dans la population comme un poisson dans l’eau.
    La population est justement l’eau de la rivière dans lesquels les poissons partisans vivent. L’idée est d’assécher la rivière, c’est-à-dire de séparer les partisans de la population qui les abrite. La population devient enjeu entre belligérants et le recours tantôt à la terreur, tantôt à la guerre psychologique débouchent sur des techniques renforcées de contrôle social.
    Le souci, c’est que dorénavant la victoire peut-être militaire et provoquer une défaite politique. Ce fut notamment le cas pour la Guerre d’Algérie. Autrement dit, porter la guerre au delà du champ de bataille vers la société civile, mélanger les opérations de guerre et celles de police finit par avoir un coût politique qui contredit le théorème de Clausewitz. Ce coût politique c’est la faillite du Droit en raison du recours à la torture, à la guerre psychologique, etc…
    D’un point de vue économique, la guerre de guérilla est particulièrement associée à la décolonisation et c’est un fait que vers 1870 le capitalisme devient impérialisme. C’est-à-dire que suite à une crise de la surproduction en Europe, le Capital investit les colonies comme autant de marchés où épuiser la production, notamment celle des armes mais également via les chemins de fer. Ce colonialisme strictement capitaliste va refluer vers l’arène politique puisqu’il nécessite de la main d’œuvre et doit donc créer des colons. Il promeut une idéologie qui est celle de la mission civilisatrice de l’Occident et de l’institutionnalisation du racisme d’État. Cela aura son importance dans la conduite de la guerre de contre-insurrection : l’ennemi est caché et, pour le trouver, le soldat torture. Il le peut d’autant plus que, de toute façon, l’ennemi n’est pas un homme mais le représentant d’une race inférieure.
  4. On voit donc qu’au moment où la G4G apparaît, l’État moderne ne sait non seulement plus justifier les guerres qu’il veut mener mais il est par ailleurs paralysé par la puissance nucléaire qui le fige dans « l’équilibre de la terreur ». Pour paraphraser Clausewitz, on pourrait dire que  dorénavant la « guerre est la continuation de la politique au royaume du père Ubu ». C’est l’époque où les guerres et les bombardements deviennent humanitaires mais sur le terrain on voit s’affronter un État moderne surpuissant technologiquement, médiatiquement, etc… tantôt contre un État de paille (type l’Irak en 2003 après 12 ans d’embargo ou l’Afghanistan en 2001 après plus de vingt ans de guerre civile) tantôt contre une entité non-étatique on dirait presque semi-étatique (par exemple la guerre d’Israël contre le Liban en 2006 qui est une guerre contre le Hezbollah qui, dans le Sud du Liban, a remplacé les carences de l’État libanais).
    Ici, la victoire et la défaite n’ont littéralement plus de sens. Prenons les USA en Irak : un État mis à bas en un mois et un bourbier de sept ans (pas encore terminé). Prenons Israël en 2006 : le Liban est détruit complètement mais le Hezbollah en sort renforcé politiquement par la résistance  qu’il a su opposer. Ce n’est plus seulement la faillite du Droit (voir le rôle de l’ONU dans ces conflits), c’est une délégitimation des États qui en sont les garants : l’idée US d’apporter la démocratie au Moyen-Orient est à comparer avec les pratiques des GI ou l’utilisation des Drones. C’est a contrario la légitimation de ceux qui s’opposent à un État devenu aveugle et fou à force d’être puissant, malade et corrompu à force de moralisme purement verbal.
    Comme par hasard, c’est la phase actuelle d’un capitalisme mondialisé, apparemment triomphant et en tout cas affranchi de la tutelle des États-Nations modernes. La libéralisation du marché des marchandises peut avoir de drôles de conséquences. Par exemple, la télécommande d’un jouet Toys-R-Us ou n’importe quel téléphone portable devient un détonateur. La libéralisation des flux financiers autorisent le financement d’écoles terroristes comme il s’en trouvent au Pakistan. La libéralisation des flux d’informations permet à tout un chacun de télécharger les plans de fabrications de bombes artisanales.  C’est pour l’état US notamment, qui est en pointe dans ce domaine, la progressive privatisation d’abord de ses services de renseignement, puis des opérations de logistique et de plus en plus des opérations armées sur le terrain.

La revue de presse a détaillé comment la conduite de la guerre par le système politico-médiatique des USA d’une part et par le délire technologiste du Pentagone d’autre part présentait certains symptômes de la démence paranoïaque.  Voilà un système dont l’objectif tend vers le zéro mort (de son côté) et qui fait le black-out sur toute image crue de la guerre mais qui par là même est fragilisé par la moindre image d’un de ses soldats violenté ou pris en otage (cela pour le déni). Voilà un système devenu hystérique parce qu’un attentat, qui n’a pas eu lieu, dans un avion pour Chicago à la veille de Noël appelle des mesures de rétorsion disproportionnées comme l’imposition dans le monde entier de scanners corporels (cela pour le délire de persécution). Voilà un système qui prétend instaurer entre ses armées et ses ennemis tout le fossé de la supériorité technologique. Là il use et abuse de drones, avions sans pilotes qui massacrent à l’aveugle et ruine l’effort de pacification en alimentant en retour la colère. Ici il suréquipe son soldat dans l’optique de le rendre tout puissant tout en étant intouchable rendant impossible le succès éprouvés des opérations de contre-insurrection basées sur l’infiltration des populations (cela pour le sur-investissement narcissique).

Ce que permet de dessiner ce tableau très rapide, c’est le mouvement d’une figure historique qui s’établit fermement au début du XVIIème siècle et va se consolider jusqu’à la Première Guerre Mondiale. Mais qui depuis, insensiblement, entame un déclin dont on a de bonnes raisons de penser que  notre époque en marque le processus final : capitalisme en dehors de tout contrôle, Droit sans légitimité, bafoué ou kafkaïen. En effet, nous pensons que l’ensemble des crises que l’on recense sont des crises qui affectent les conditions mêmes de l’État moderne et, il faut bien le reconnaître, à travers lui, les conditions  matérielles et subjectives de nos existences. Alors, si l’on se rappelle de la définition ci-dessus, cela veut dire que les articulations patiemment élaborées entre souveraineté, politique dans le droit et économie capitaliste sont sérieusement remises en cause.

Regardons ces diverses crises, d’ailleurs imbriquées les unes aux autres, à cette aune :

  1. Crise financière : l’actualité la plus récente, celle de la Grèce, nous parle de mesures politique d’austérité radicale, non plus seulement pour des raisons de bonne gestion économique à la FMI, mais pour calmer dans l’urgence des marchés financiers qui disposent de la puissance nécessaire pour faire craquer rien moins que la zone euro.
  2. Crise économique : l’ampleur des dettes publiques paralyse toute idée de relance par les États. Pour reprendre la main, il faudrait qu’ils puissent tous ensemble se mettre d’accord pour réformer le système monétaire et répudier un bon nombre de dettes. Ces Himalayas de l’action politique sont à mettre en balance avec les communiqués lénifiants des G20.
  3. Crise politique : qui s’exprime ici comme partout par le rejet de la classe politique comme telle et plus largement des élites. Rappelons en France le référendum de 2005 et restons attentif au mouvement Tea Party aux USA. Plus largement, c’est la question de la communauté de destin qui se trouve insidieusement mise à l’épreuve. Se sentira-t-on assez français pour se sentir concernés par le destin des Parisiens par exemple ? Se sentira-t-on assez européen pour se sentir concerné par les Grecs ou les Islandais ? Plus généralement, de qui se sent-on assez proches pour concevoir que nos destins sont liés ? Les affinités culturelles ou idéologiques prendront-elles le pas sur les affinités territoriales ? Derrière ces questions, c’est la légitimité du contrat social français qui est sur la sellette : si les institutions qui le garantissent s’effritent et font défaut, disparaîtra-t-il et sera-t-il remplacé ou bien devra-t-il être repris et comment ?
  4. Crise climatique qui par définition ignore les frontières
  5. Crise énergétique qui conditionne la vie matérielle de nos sociétés mais présuppose la mondialisation.
  6. La liste est non exhaustive.

Alors évoquer une fin de l’État moderne, c’est je le rappelle évoquer la fin d’articulations entre souveraineté, droit et capitalisme. Est-ce pour autant évoquer la fin de toute souveraineté, de tout Droit ou de tout capitalisme ? Ce serait aller  bien vite mais on peut faire pour terminer quelques observations.

À certains égards, on peut se demander si l’Europe ne représente pas un devenir de ce qui serait un au-delà du Droit : des directives, des réglementations, des traités illisibles. Une technocratie du Droit qui serait plus dans la continuité des normes industrielles ou des algorithmes informatiques que du Droit Naturel de ses origines. Cependant, il faut noter que l’Europe n’existe et ne fonctionne que pour autant que les États modernes acceptent de jouer le jeu de la transposition.
De la même façon, il y aurait un au delà du capitalisme et j’en ai trouvé l’illustration dans le livre de Naomi Klein, La Stratégie du Choc. Elle l’a même appelé ce capitalisme, capitalisme du désastre. Et effectivement, ce qui  se passe en Irak depuis 2003 en est l’expérience la plus en pointe, la plus effrayante. Le dernier numéro de la revue de presse reprenait un extrait sur ce sujet de Naomi Klein dans un article plus large sur Haïti. Qu’observe-t-on ? La privatisation de la guerre, le retour des mercenaires et le pillage économiquement systématique du pays dans le contexte d’une défaite militaire. En Irak, non seulement le peuple irakien est complètement absent des préoccupations des envahisseurs, et il est donc saigné sans préoccupation pour la quantité de sang versé, mais la réussite des entreprises US se fait au dépens de la défaite militaire des GI. Ce capitalisme n’est cependant pas encore autonome. Il dépend tout en le vampirisant, des contrats conclus avec l’État US qui en devient le principal client. C’est un capitalisme grassement subventionné, ou bien un capitalisme mafieux, qui pompe les ressources de l’État avant de le laisser exsangue et ne peut que semer la désolation et la mort à la recherche de nouveaux contrats. Il faut selon moi remonter au nazisme pour retrouver une telle démence à l’intérieur d’un système. Hier, priorité donnée dans la logistique à l’extermination avant l’effort de guerre sur le front Est. Aujourd’hui, priorité donnée par le gouvernement au profit privé avant la victoire de ses armées. Glaçant !
Enfin y aurait-il un au-delà de la souveraineté ? Je n’ai pas bien défini ce terme jusqu’à présent et ce n’est pas un hasard. En effet, il est difficile à définir parce qu’il s’agit d’un terme qui désigne un seuil à partir duquel quelque chose comme une extériorité serait désignée. On parle de souveraineté d’un État mais c’est justement pour dire que l’État souverain est en-dehors du Droit. Dans ce dehors, il rencontre d’autres États avec lesquels il peut signer des traités mais la relation essentielle entre États est un rapport de puissance. C’est pourquoi, souvent, l’au-delà de la souveraineté d’un État s’exprime dans la guerre et, avant elle, dans la diplomatie. On parle également de souveraineté populaire pour dire la république ou la démocratie. Sûrement que la devise de nos institutions, Liberté, Égalité, Fraternité, est la formule pour dire la souveraineté du peuple français. Mais, tout de suite nous mesurons que cette formule ne dit pas une souveraineté réelle mais plutôt une souveraineté idéale qui a pu et, peut-être, peut encore cimenter la Nation, qui serait un peu l’étoile polaire de la communauté nationale. Il est en cela intéressant de noter que cette formule dit un au-delà de la France qui est certainement ce à quoi s’attache son prestige international. La souveraineté, on l’a vu à propos des monarques, plonge ses racines très profondément dans nos sociétés.  Ceux qui ont étudié la royauté au Moyen-Âge ont pu parler de théologie politique, en ce sens qu’aux rois sont attribués des caractères sacrés ou miraculeux. En fait, la souveraineté est une notion à la fois très mystérieuse, très archaïque et en même temps centrale à toute société, à la notre comme aux plus anciennes. Il existe une vaste littérature sur le sujet et on ne saurait la résumer en quelques lignes. Disons toutefois que nous croyons qu’étant bien plus ancienne que le Droit ou le capitalisme, la souveraineté ne sera sûrement pas la première chose à disparaître. Nous pourrons peut-être en observer les éclipses, les mouvements erratiques et ses diverses recompositions selon les mouvements propres des sociétés. Sera-t-elle centralisée dans un gouvernement mondial que d’aucuns souhaitent tandis que d’autres honnissent ? Va-t-on vers une décentralisation de la souveraineté, le morcellement des Nations en Régions ? Va-t-on plus loin encore vers une relocalisation des activités et, de là, des centres de décisions ? Et alors dans ce cas, comment articuler la multiplicité des pouvoirs locaux ? Ces alternatives peuvent paraître farfelues mais il importe de retenir que ce qui fait la souveraineté, c’est-à-dire la communauté, ce n’est pas uniquement l’usage de la force. Sinon, l’Irak serait depuis bien longtemps la province des USA que les stratèges de Washington avait imaginé.

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4 réflexions sur “Le meilleur des mondes possibles : prologue

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